« Aire de langage » : différence entre les versions

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== L'analyse de la phrase niveau 1 ==
== L'analyse de la phrase niveau 1 ==
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Version du 17 mars 2025 à 22:34

Vue d'ensemble

Fichier:Vue d'ensemble de l'aire de langage.jpg
Vue d'ensemble de l'aire de langage

Introduction

a) Les origines du langage

Langue orale

Du point de vue paléontologique, c’est l'Homo-Habilis, il y a plus de deux millions d’années, qui pourrait être le plus ancien pré-humain à avoir employé un langage articulé. Il est probable que ce langage ait permis aux populations de l'époque d’organiser leurs communautés en régulant leurs activités quotidiennes. L'Homo-Habilis est en effet le premier hominidé pour lequel on met en évidence une organisation sociale structurée : campements, outils, habitats, spécialisation des individus... Des mutations génétiques et des transformations physiologiques auraient permis aux hommes de passer des mots à la syntaxe pour élaborer des langues complexes.

On rapproche l'apparition du langage chez l'homme du comportement de singes verts (les vervets), captifs dans une réserve du Kenya, dans les années 70. Ces singes, observés par des scientifiques, sont capables de moduler leur cri d’alerte afin d’induire des stratégies défensives appropriées : s’enfoncer dans la végétation à l’approche d’un aigle, grimper le plus haut possible à l’approche d’un léopard, ou encore scruter le sol avec attention pour choisir le bon arbre à l’approche d’un python ; on notera que la sémantique de ces cris n’est pas innée mais est enseignée aux jeunes singes par leurs parents. C’est ce type de communication, qui devait sans doute exister chez les Australopithèques et même leurs prédécesseurs, et qui a dû se développer sensiblement chez L'Homo-Habilis pour lui permettre d’organiser ses activités collectives.

Langue écrite

Il y a 40 000 ans, l'homme préhistorique commence à graver, peindre. Sans parler d'écriture on peut déjà remarquer que nos ancêtres ont cherché à communiquer, à transmettre un message, à témoigner. Si les tentatives d'explication des gravures pariétales sont nombreuses, aucune ne fait vraiment l'unanimité.

On a l'habitude de dire que la Préhistoire se termine avec la naissance de l'écriture. C'est effectivement avec ce changement culturel que l'homme va rentrer dans l'histoire et commencer à laisser des traces écrites. Les premiers écrits servaient surtout de livres de comptabilité ou d'inventaires. Mais l'homme va rapidement utiliser ce nouveau moyen de communication pour raconter des histoires... et surtout son histoire.

Avec le développement d'un système de société hiérarchisée, l'existence d'un pouvoir centralisé, l'émergence des religions, l'écriture devient un besoin. Les temples, centres de pouvoir religieux mais aussi administratifs, vont devoir s'organiser. Les échanges commerciaux entre villes et contrées se multipliant, il faut formaliser les actes commerciaux. 

C'est en Mésopotamie et en Égypte, il y a 6000 ans, que l'écriture naît de manière presque simultanée. Écriture analytique ou cunéiforme tracée avec des calames sur des tablettes d'argile, hiéroglyphes tracés sur des papyrus... la grande aventure de l'écriture va se répandre de  continents en continents.


b) Développement de l'enfant et langage

Pour Maria Montessori, l'acquisition du langage est une étape importante du développement de l’enfant, et ce développement progressif se fait naturellement grâce à l’esprit absorbant de l’enfant. C’est dans le premier plan de développement que le langage se développe et plus particulièrement lors des périodes sensibles, soit entre 0 et 7 ans.

L'acquisition du langage par l'enfant se déroule en parallèle avec d’autres acquisitions sur le plan moteur, sensoriel intellectuel et social. Bien que l'apprentissage du langage débute dès les premières semaines, même dès la conception, et se poursuit  au-delà de la «petite enfance», c'est entre 1 et 3 ans que l’enfant développe de grandes capacités langagières à l’oral : il comprend et il produit des sons, des mots, des phrases. Vers 3 ans, l’enfant vit une explosion lexicale et sémantique. Il utilise jusqu’à 900 mots et fait des phrases avec des expansions et des coordinations. il conjugue les verbes, utilise le pronom personnel «Je». Il chante et imite les autres, il nomme... Il dessine ses premiers signes qui lui ouvrent les portes d’un autre langage, celui de l’écriture.

Maria Montessori rappelle combien il est important pour cet apprentissage, comme pour tous les autres, de respecter les périodes sensibles de développement de l'enfant :

«Il faut chercher à quel âge, les mécanismes de l’écriture sont prêts à s’établir ; et ils s’établiront alors sans effort, naturellement, procurant du plaisir et accroissant les énergies vitales».

Pour Maria Montessori, cet apprentissage doit se produire avant l’école primaire car :

« La main de l’enfant de 6 ou 7 ans a perdu sa période précieuse de sensibilité motrice. Cette petite main délicate a dépassé le temps où elle faisait les délices de coordonner ses mouvements : cette période où se créait la main fonctionnelle. Il faut une main enfantine qui ne soit pas encore coordonnées : la main fouineuse du petit enfant de 4 ans qui touche à tout, à la recherche irrésistible et inconsciente de ses coordinations définitives.» 

Pédagogie scientifique tome 1, Maria Montessori, éd DDB p159

Pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture (acquisitions artificielles dues à la civilisation), il s’agit pour Maria Montessori « d’enseigner clairement ce qui ne dépend plus de la nature même de l’homme. Il est temps d’affronter le problème de la culture par l’éducation... Nous savons tous que la lecture et l’écriture constituent, à l’école, le premier écueil, le premier tourment de l’homme, contraint de soumettre sa nature aux nécessités de la civilisation ». Pédagogie scientifique tome 1, Maria Montessori, éd DDB p 149


Il faut donc, à la Maison des enfants porter une attention toute particulière à ce développement, l’aider à consolider ce langage oral et lui permettre d’entrer dans le langage écrit.


Il faudra beaucoup de temps à l’enfant, en proportion autant que l’humanité en a mis pour construire ce langage.

Nous sommes des êtres sociaux. Le langage est ce qui va nous réunir et nous séparer.


Le langage est une question d’ordre. Lorsque l’enfant nomme les choses, intérieurement il a pu classer les choses, les perceptions selon leurs ressemblances et différences. L’ordre ordonne le langage et le langage ordonné structure un ordre interne. Ce mouvement entre l’interne et l’externe est valable pour le langage comme pour le mouvement (psycho motricité).

Toute la progression du matériel est une façon pour l’enfant de prendre conscience de l’ordre de sa langue. Langage oral, séquence des mots en sons, sons écrits, association de sons, écriture, le sens des mots, lecture, classement de mots, grammaire.

Ceci est possible uniquement si l’on suit les périodes sensibles du langage en parallèle de celle du mouvement et du raffinement sensoriel. Il faut donner les bonnes impulsions.

L’écriture c’est son expression propre, la lecture c’est la lecture de la pensée de l’autre. D’où pour Maria Montessori cet ordre de l’écriture vers la lecture. Il n’y a pas de lecture sans écriture préalable. Pédagogie scientifique tome 1 écriture et lecture se font simultanément. Dans les lettres rugueuses il y a lecture et écriture. Ce sont les gestes initiaux. L’impulsion initiale allie les 2. Pour chaque enfant l’ordre varie. L’une ou l’autre des voies sera creusée en premier. Il nous faut laisser cette liberté et mettre tous les outils à disposition et impulser.

Un minimum d’impulsion pour un maximum d’exploration.

Il faut renoncer à tous les exercices graphiques, il faut travailler en amont. On prépare et on raffine ensuite. On déconnecte l’acte graphique de l’acte d’expression.

Ecrire c’est exprimer sa pensée, et il faut le préserver, donc ne pas le confondre avec la préparation à l’écriture.

Tableau récapitulatif

Étapes du développement du langage oral & du mouvement

chez l'enfant de 3 à 6 ans

(d'après l'Esprit Absorbant – Maria Montessori, ed. DDB)

Période pré-linguistique
3 mois : L’enfant va construire d’abord sa relation à l’autre (sa mère d’abord), puis commencer à ordonner ses perceptions et coordonner ses premiers mouvements. Il tient sa tête et la relève, regarde ses mains, prend en main un objet léger. Le larynx descend dans le cou. Il répond à la voix humaine en regardant celui qui parle. Il réagit aux intonations, mimiques, à l’intensité de la voix mais aussi aux bruits, à la musique (sursaute, arrête son activité, écoute les sons). Il produit ses premiers rires et cris de joie. Il gazouille. A cet âge, l’enfant a l’oreille absolue qui permet d’entendre tous les sons et qui progressivement va se spécialiser sur les sons de sa langue maternelle.
3 - 6 mois : L’enfant babille (produit des syllabes). Il intègre la prosodie de sa langue en répétant inlassablement les sons.
A partir de

6 mois :

L’enfant vocalise ; il joue à produire des sons et des bruits, il module l’intensité de sa  voix. Il témoigne de la présence de l’autre, approprie un code, répond à son nom, répond sans un contact visuel en cherchant d’où vient la voix. Il se retourne vers un bruit produit hors de sa vue. Il rampe, se lève en prenant appui sur ses mains, reste assis sans aide : sa vision du monde change.
8 - 10 mois : L’enfant pointe les choses, dans l’attente de l’adulte pour nommer les objets. Il va répéter cet acte. Il réalise que chaque objet a un nom, prend conscience de la permanence des objets. La parole sert à appréhender la séparation, l’absence.
Période linguistique
12 mois : Premiers mots intentionnels (5 à 20 mots). Il utilise un jargon avec intonation pour imiter le discours de l’adulte. Il désigne un objet pour le demander, il communique à 80 %  avec des gestes. Il comprend les mots familiers, les phrases et les expressions simples. Il ébauche une relation avec d’autres enfants, avec «l’étranger». Il se met debout, se baisse pour ramasser un objet. Il prend les objets avec le pouce et l’index, peut empiler 2 objets, il boit à la tasse. Il se balance sur le rythme d’une musique et reconnaît une mélodie.
18 mois : L‘enfant produit ses premiers mots, phrases (juxtaposition de 2 mots). Il utilise une vingtaine de mots en simplifiant leur forme. Il demande en nommant, désigne les parties du corps, certains objets. Il sait différencier des mots phonétiquement proches. Il affirme sa marche, apprend à être propre (jour), il sait tenir une cuillère et tourner les pages d’un livre. Avec les autres, il s’affirme, il s’oppose.
2 ans : Il utilise des phrases de 2 ou 3 mots, pose des questions, formule des demandes explicites. Émergence du Je/moi. Il possède une cinquantaine de mots de vocabulaire et en connaît 300 environ. Il monte les escaliers, marche à reculons, tire, traîne, mange seul. Il se sert de ses deux mains, enfile des perles, déchire, verse. Il se place dans une relation triangulaire (père – mère - enfant) et joue en parallèle avec d’autres enfants. Il perçoit et reconnaît les bruits de l’environnement. Il reconnaît une personne, un objet sur une photo et associe deux objets identiques. Il fait de grands gestes qui entraînent le bras et produit des gribouillis. Il fait des traits verticaux, des pointillés, des enroulements.
2 ans et ½ : L’enfant arrive à la Maison des enfants, il va vivre de nouvelles expériences langagières. Il a besoin d’explorer son environnement de manière sensorielle, et de mettre des mots sur ses impressions, ses sensations. L’enfant a aussi besoin d’échanger, de s’exprimer, de communiquer avec les autres. Il utilise le «moi» et «toi», il devient un interlocuteur à part entière. Il produit des phrases de 3 ou 4 mots avec des verbes et des adjectifs. Il structure son langage sur celui de l’entourage (ordre des mots, structure de la phrase, arrangement grammatical). Il parle souvent seul quand il joue. Il formule des demandes indirectes et utilise les formules de politesse. Il est dans le présent «ici et maintenant». Il sait qu’il y a lui, maman et papa. Il observe les autres enfants et se met en opposition.
3 ans : Explosion lexicale et sémantique. L'enfant utilise de 400 à 900 mots et fait des phrases avec des expansions et des coordinations (et). Il conjugue les verbes, utilise le pronom personnel «Je». Il chante et imite les autres, il nomme, parle de ses dessins. Il marche en arrière, sur la pointe des pieds, sur les talons. Il sait pédaler, sauter à pieds joints. Il est propre. Il s’habille seul, utilise les ciseaux, tient une tasse par l’anse, utilise sa main dominante et tient un crayon avec les trois doigts (pince). Il se socialise, s’adapte aux contextes et à l’interlocuteur. Il comprend les questions (où, quand, pourquoi), notion de dimensions, de comparaison, réalise des  tris, des encastrements, des empilements. Il dessine des ronds, des croix, et s’essaye aux premiers bonhommes.
4 ans : Les sons de la langue sont en fin d’acquisition, il utilise le langage verbal et non verbal, il invente des mots pour le plaisir, il allonge et complexifie des phrases (adjectif, proposition relative). Il parle «d’ailleurs» à «un autre moment». Il a une meilleure organisation spatiale, un bon équilibre. Il utilise une main comme aide à la main dominante, il a une bonne coordination œil - main. Il enroule, déroule, enveloppe... Il structure sa personnalité. Il différencie écriture et dessin. Il copie des formes.


5 ans : L'enfant a acquis les différentes modalités du discours et les règles de conversation. Il fait des phrases complexes, peut raconter clairement des événements vécus. Il s’intègre dans un groupe. Il est capable de donner la définition d’un mot et s’intéresse à son sens. II différencie les différents moments de la journée. Il comprend les consignes complexes avec des mots abstraits.  Il trace la forme des lettres, il complète son bonhomme et ajoute des vêtements. Il saute à la corde, grimpe aux arbres, saute à cloche-pied. Il peut boutonner sa veste, lacer ses chaussures.
6 ans : Il possède un vocabulaire de 2500 à 3000 mots qui augmente de 1300 mots par an. Il fait des phrases longues et complexes avec concordance des temps. Il s’intègre dans un groupe qui a ses règles.

c) Le langage à la Maison des Enfants


Pour Maria Montessori, le langage oral et le langage écrit sont une caractéristique humaine. C'est un développement qui correspond à une période naturelle et qui doit donc s'exprimer sans effort, « naturellement ». D'après elle, si l'environnement est préparé de manière optimum, le langage est « absorbé » et se fait sans mobilisation d'un apprentissage conscient.


Comme le langage est une caractéristique de l'homme, il faut construire un environnement fait de langage : Un environnement où il pourra s'entraîner à parler, écrire, lire.


Pour construire cet environnement, le travail de l’éducateur va s’orienter vers cinq axes :

⁃                   langage oral : enrichir le vocabulaire de l'enfant pour nourrir sa compréhension du monde et son expression.

⁃                   conscience phonémique : aider l’enfant à percevoir et à se représenter la langue orale comme une séquence d’unités phonologiques (sons).

⁃                   écriture / lecture : aider l’enfant à transcrire sa pensée et sa parole sur un support et l’inscrire dans le temps et l’espace ; puis la restituer. A la Maison des enfants, les enfants écrivent avant de lire.

⁃                   grammaire : analyse du discours par une approche sensorielle

            1. Consolider le langage oral

L’éducateur doit à la fois transmettre une parole et être à l’écoute de l’enfant pour recueillir la sienne. Il faut donc créer les conditions optimales, un environnement, une atmosphère dans laquelle l’échange pourra avoir lieu : attitude positive, voix posée et calme... Il est important de faire sentir à l’enfant que sa parole a une valeur et que nous y portons une attention.


En favorisant l’interaction avec le milieu, l’enfant peut développer sa personnalité et entrer dans sa culture. Il se sent à sa place avec son groupe et dans le lieu où il vit. Le langage devient alors un ciment social.


Enrichissement du vocabulaire et expression de soi

Enrichir les mots de son vocabulaire c’est permettre une plus grande expression de l’enfant et en même temps élargir sa vision et sa compréhension du monde. Cet objectif doit être présent en tout temps à la Maison des enfants. L’éducateur veillera à utiliser un langage précis et exact et s’appuiera sur différents matériels comme :

• objets réels ou objets de l’environnement

• livres

• images classifiées

• nomenclatures classifiées

• images séquentielles

• la ferme et ses animaux


Attacher l’expérience à des mots

Lors des manipulations sensorielles, l’éducateur nomme le matériel puis par la leçon en 3 temps introduit le concept (grand / petit... lisse / rugueux...).


Créer des conditions d’échange

Favoriser un travail en petits groupes et offrir aux  enfants l’occasion de s’exprimer sur du vécu, du quotidien (le jeu des questions, temps de grâce et courtoisie)


Favoriser l'accès à la culture

Aménager un coin «bibliothèque» où l’enfant pourra consulter différents ouvrages et entrer ainsi dans la dimension culturelle de l’écrit. Enrichir les différentes aires de travail (géographie, botanique, arts...) avec des livres appropriés : atlas, documentaires, imagiers ...


En développant le langage (oral) de l’enfant, on lui permet de mieux communiquer, d'échanger. Cette interaction va lui donner une confiance en soi et le préparer indirectement à la lecture et à l’écriture. En effet, plus le langage oral sera dense et varié, plus le langage écrit sera fourni.


2. Développer la conscience phonologique

La conscience phonologique, c’est-à-dire, l’aptitude à percevoir et à se représenter la langue orale comme une séquence de sons (unités phonologiques) joue un rôle majeur dans l’apprentissage de l'écriture et de la lecture. En effet, l'écriture et la lecture reposent en partie sur la capacité à établir des relations entre les phonèmes (constituants de l’oral) et les graphèmes (constituants de l’écrit) puisque l’orthographe française est une orthographe alphabétique où les caractères « graphèmes » représentent une unité sonore « phonème ». Pour écrire (coder) ou lire (décoder), l’enfant doit donc pouvoir associer à chaque lettre le son correspondant et ainsi reconstituer les syllabes, les mots, les phrases. L’enseignement de cette conscience phonologique favorise considérablement l’apprentissage de la lecture, elle fait même partie des compétences fondamentales qui amènent l’enfant à la lecture. Les recherches montrent que les enfants qui ont peu de conscience phonologique ont plus de difficultés à acquérir le principe alphabétique, ce qui, par la suite, limite leur habileté à décoder.


« Au départ, l’enfant pré-lecteur prête attention aux mots tout entier. Or apprendre à lire demande de changer l’attention de niveau. L’enfant doit apprendre à décomposer les mots parlés, d’abord en syllabes, elles-mêmes formées d’un bloc de consonnes initiales et d’une rime, chacun de ces morceaux pouvant lui-même se subdiviser en phonèmes élémentaires. Pour l’enfant de maternelle, cette décomposition en phonèmes n’a rien d’évident. C’est l’apprentissage de la lecture dans une écriture alphabétique qui la fait émerger. » Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe. Stanislas Dehaene, éd. Odile Jacob p36


A la Maison des enfants, l’enfant dispose de différents matériels pour permettre ce travail d’identification et de manipulation des mots et des parties d’un mot.


• le jeu d'analyse des sons  ou « petit œil » (isolement et reconnaissance des phonèmes)

• les lettres rugueuses (correspondance graphème / phonème)

• activités orales : poésies, comptines, chant... (travail sur la rime, les syllabes).


3. Préparer à l'écriture et à la lecture


Pour Maria Montessori, l’écriture est un acte complet.


« Une partie vient du mécanisme moteur, une autre du travail de l’intelligence. Dans le mécanisme moteur, il faut distinguer deux groupes : l’un destinée à manier l’instrument d’écriture, l’autre destiné à dessiner la forme des lettres. ».

Pédagogie Scientifique tome 1, Maria Montessori, éd. DDB, page 158


Pour écrire, il faut accomplir deux mouvements distincts : celui qui reproduit la forme et celui par lequel on maintient l’instrument et dans le même temps avoir une activité mentale pour que l'expression écrite ait un sens. Le matériel présent à la Maison des enfants doit donc préparer indirectement et directement l’enfant à maîtriser chaque aspect de cet acte.

Préparation physique indirecte

Préparation indirecte de tous les gestes nécessaires à l'écriture

« Il s’agit de la tenue du crayon qui doit se serrer avec 3 doigts de la main et se mouvoir de haut en bas, avec cette sûreté que nous appelons l’élan de l’écriture. »

Pédagogie Scientifique tome 1, Maria Montessori, éd. DDB, page 158


• exercices de vie pratique : visser dévisser, ouvrir fermer, transvaser...), laver la table, nettoyer un miroir, astiquer les cuivres, coudre..

• exercices sensoriels : préhension des cylindres, puzzles de géographie et de botanique, tracé des formes de cabinets de géométrie et de botanique avec un stylet...


Reproduction des différentes formes composants les lettres (coordination œil / main).

La reconnaissance des formes géométriques régulières de notre environnement permettra d’arriver aux formes irrégulières de notre alphabet.


• exercices sensoriels : traçage des contours de formes avec le cabinet de géométrie et de botanique.


Entraînement au tracé


Il s’agit à la fois d’avoir une main soulevée et légère et une main ferme qui pourra se mouvoir de manière déterminée et dirigée.


• Exercices de vie pratique : épousseter...

• Exercices sensoriels : traçage des contours avec cabinet de géométrie et botanique (+ stylet), encastrement, effleurement des surfaces lisses & rugueuses (tablettes, plaquettes, globes),


Cette habilité de la main et le raffinement du geste permettront de tracer précisément les 26 lettres de l’alphabet.

Préparation physique directe


Manier un instrument

• Formes à dessins (encastrement de fer)

Il s’agit de tracer les contours de figures géométriques, puis de remplir la figure.

«L'exercice de remplissage pour une seule figure fait répéter à l’enfant les mouvements qui seraient nécessaires à remplir dix pages de bâtons ».

Reproduire une forme

• Lettres rugueuses

Il s'agit de tracer les 26 signes alphabétiques


« Il s’agit par le toucher de fixer à la fois la mémoire motrice et la mémoire visuelle des lettres, associer au son alphabétique. »


Créer des mots

• L’alphabet mobile (lettres libres découpées)

Il s'agit pour l'enfant de chercher des mots à écrire sans être contraint par un geste qu'il ne maîtrise pas encore.


« C’est bien plus passionnant , en principe, que de les lire ! et aussi bien plus facile que de les écrire, parce qu’il faut, pour les écrire, ce travail des mécanismes qui ne sont pas encore fixés.».

Perfectionner son geste

• Supports divers (ardoises, feuilles...) que l’enfant utilisera lorsque son geste sera formé


Préparation intellectuelle, culturelle

Entrer dans le code de la lecture et de l’écriture c’est s’inscrire un peu plus encore dans la civilisation des hommes et en accepter les principes :

•   Latéralisation et orientation pour une lecture de gauche à droite (développée par les exercices de vie pratique, organisation du matériel sur les étagères et dans les plateaux).

•   Reconnaissance de la représentation de la forme (26 signes alphabétiques).

•   Correspondance graphème-phonème (codage).

Préparation psychologique

Elle se réalise tout au long de l’année au sein de la Maison des enfants par le développement de la concentration, l’estime de soi, en maintenant intérêt et volonté. Le déclenchement de l’écriture-lecture est aussi une question de confiance en soi ; une confiance que l’enfant construit au fil des jours, notamment avec les exercices de vie pratique qui lui permettent d’acquérir une dextérité, mais aussi par les nombreux échanges verbaux entre pairs et avec l’adulte qui permettent à l’enfant d'exprimer et de partager une pensée. Avec l’écriture, l’enfant réalise un acte créateur : exprimer avec des mots sa propre pensée pour d’autres qui la liront. Il est primordial de solliciter l’enfant à travers sa pensée : « Qu’est-ce que tu as envie d’écrire ? Qu’est-ce que tu veux écrire?».


« La vraie écriture, dit Maria Montessori, est la preuve et l'aboutissement d'une impulsion intérieure, c'est l'explication d'un aboutissement supérieur, ce n'est pas un exercice ».

4.  La lecture


Pour Maria Montessori la lecture et l’écriture sont mêlées de façon embryonnaire : « L’enseignement de la lecture commence en même temps que celle de l’écriture. La simultanéité de l’enseignement ou, plus exactement, la fusion des deux gestes initiaux, mettent donc l’enfant devant une nouvelle forme de langage, sans que soit déterminé lequel de ces deux gestes devra prévaloir. » Pédagogie Scientifique tome 1, Maria Montessori, éd. DDB, page 158

Mais, les deux acquisitions ne sont pas absolument simultanées. L’écriture précède la lecture. L’enfant qui vérifie ce qu’il a écrit (il connaît le mot puisqu’il l’a codé et le décode pour vérifier) n’est pas «lecteur» au sens ou l’entend Maria Montessori. «Le lecteur est celui qui reconnaît le mot sans l’avoir entendu et qui en sait la signification. »

Lire, c’est regarder certes des symboles mais surtout comprendre ce qu’ils signifient ; c’est se connecter avec la pensée d’un autre, partager des idées, des sentiments, des connaissances avec la personne qui a laissé cette trace. La lecture ouvre un champ infini de découvertes, celui de la culture humaine.

« La lecture demande à l’enfant un immense effort d’attention. Déchiffrer les mots implique de passer en revue chacune des lettres dans le bon ordre, de la gauche vers la droite, sans en oublier une seule, tout en se souvenant de leurs correspondances avec les phonèmes et en les assemblant en mémoire pour former un puzzle. Chaque mot est une énigme, un puzzle que l’enfant ne reconstitue qu’au prix de grands efforts ... Plus la lecture sera automatisée, plus l’enfant pourra concentrer son attention sur la compréhension de ce qu’il lit et devenir un lecteur autonome, qui lit autant pour apprendre que pour son propre plaisir. »

Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe. Stanislas Dehaene, ed. Odile Jacob p48


Préparation intellectuelle indirecte

•   Enrichissement du vocabulaire : apporté par les nomenclatures, le matériel, les concepts, les échanges verbaux...

•   Développement de la conscience phonémique : jeu d'analyse des sons

•   Apprentissage du code alphabétique (correspondance graphème-phonème, sens de lecture, typographie...)


Préparation intellectuelle directe

Lecture interprétée statique :

• nomenclature simple et renseignées, pochettes de lecture, livrets... activités sur la nature des mots et la permutation des étiquettes pour retrouver le sens.

Lecture interprétée dynamique (introduction du verbe) qui permet l’action :

• Les ordres, interprétation de petites scènes.


L’enfant chemine ainsi vers la lecture totale pour devenir un lecteur expert, qui interprète pleinement ce qui est écrit, qui peut donner une lecture expressive avec intonation, à voix haute et en «théâtralisant».

Préparation culturelle

Par la présence des écrits dans l’ambiance : la bibliothèque, les livres, les affichages, les étiquettes.

Par la lecture d’albums, de poésies... Pour lire, il faut aussi donner envie de lire.

5.  La grammaire


« Les mots n’ont pas seulement une signification propre, ils ont entre eux des relations variables et dont l’étude amène à une compréhension de plus en plus totale. Il y a l'aspect descriptif, mais il y a encore le fonctionnement : et c’est le fonction du mot dans la phrase par rapport aux autres mots qui, loin d’être pour l’enfant une difficulté, s’est avérée être un nouveau point d’intérêt dans l’étude de sa langue. »

Pédagogie Scientifique tome 1, Maria Montessori, éd. DDB, page 188

Préparation indirecte avec des symboles

A la Maison des enfants, l'enfant découvre de manière sensorielle des concepts qu'il approfondira à l'école élémentaire. Dans la pédagogie proposée par Maria Montessori, chaque partie du discours a été représentée par un symbole particulier qui a pour but de fixer la fonction du mot dans la mémoire de façon sensorielle.


L’enfant découvre et manipule dans un premier temps des symboles qui représentent les natures des mots : nom, article, adjectif, verbe, conjonction et préposition ; puis dans la partie intitulée « analyse structurale de la phrase », il découvre la fonction des mots avec les notions de sujet, verbe, COD (Complément d'Objet Direct), COI (Complément d'Objet Indirect) et CC (Compléments Circonstanciels). 2. Enrichissement du vocabulaire


Age de la première présentation : A partir de 2 ans ½


Buts directs :


•   Permettre à l'enfant d'enrichir son expression du monde.

•   L'aider à développer son expression de soi.

•   Offrir à l'enfant des « bases » pour le développement de la lecture et de l'écriture

•   Fonder sa sécurité en tant que scripteur et lecteur

•  Selon Maria Montessori le langage oral est fondateur du langage écrit.


Buts indirects :


Construction de l’intelligence, adaptation à l’environnement, construction de la pensée logique, coordination et intégration motrice, concentration, volonté, autonomie, confiance en soi.


Buts spécifiques :

Préparation à l'écriture. Répondre au besoin de l'esprit mathématique (le langage permet de structurer la pensée

Supports des activités de langage oral :

•   l'environnement préparé avec l'éducateur qui nomme l'activité ainsi que le matériel

•   les notions abordées en vie sensorielle via les leçons en 3 temps

•   les leçons de « Grâce et courtoisie » (langage utilisé dans les relations = code social)

•   les images classifiées en botanique, géographie et musique

•   les histoires racontées

•   les bibliothèques

•   la ferme


Remarques :


Les buts directs, indirects et spécifiques étant les mêmes, ils ne seront pas rappelés dans la description de chacune des activités.

Le développement du vocabulaire et l'expression de soi

🔨 Le jeu des questions

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Le jeu des questions.jpg

🔨 Les histoires racontées

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🔨 Les bibliothèques

🔨 La ferme

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🔨 Les images classifiées - avant lecture

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Le langage écrit

🔨 Le jeu d'analyse de sons

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🔨 Les formes à dessins

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🔨 Les lettres rugueuses

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🔨 Les alphabets mobiles 1 et 2

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🔨 L'alphabet mobile 3

🔨 Les ardoises

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🔨 Écrire sur du papier

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Écrire sur du papier.jpg

La lecture

🔨 La première boîte d'objets (sons simples)

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La première boîte d'objets (sons simples).jpg

🔨 Les pochettes de lecture (sons simples)

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Les pochettes de lecture (sons simples).jpg

🔨 La deuxième boîte d'objets (digrammes)

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La deuxième boîte d'objets (digrammes).jpg

🔨 Les pochettes de lecture (digrammes)

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Les pochettes de lecture (digrammes).jpg

🔨 Les pochettes d'homophonie

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Les pochettes d'homophonie.jpg

🔨 Les images classifiées - après lecture

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Les images classifiées - après lecture.jpg


L'analyse de la phrase niveau 1

🔨 L'article et le nom

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L'article et le nom.jpg

🔨 L'adjectif

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L'adjectif.jpg

🔨 Les jeux de l'adjectif logique

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Les jeux de l'adjectif logique.jpg

🔨 Le jeu du détective

🔨 Le verbe

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🔨 L'adverbe

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L'adverbe.jpg

🔨 La préposition

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🔨 La conjonction de coordination

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L'analyse de la phrase niveau 1

🔨 Sujet - Verbe - COD

🔨 COI - Compléments circonstanciels

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Ressources complémentaires

Progression - Langage écrit

Séquences par attendus - Langage écrit

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